Les entreprises ont-elles une âme ?

Cas Client
Culture Yeita
Timothée de Guibert
Timothée de Guibert
21.5.24

Les entreprises ont-elles une âme, c’est le titre d’un livre d’Alain Etchegoyen que j’ai découvert quand je faisais de la philosophie. Le mot âme peut intimider, bien qu’il n’ait pas ici de dimension spirituelle. Pour simplifier, il désigne ce qu’on appellerait aujourd’hui la culture et les valeurs. Ce qu’on cherche à désigner ici, c’est l’identité d’une entreprise, sa singularité.

Derrière la notion de valeurs, ce que j’explore dans cet article et dans mon travail, ce sont les valeurs incarnées, celles qu’expriment les pensées, les paroles et les actes, plus que celles (parfois) affichées sur tous les murs mais sans authenticité.

Connais-toi toi-même : un Yeita des lieux

Prenons un exemple que je commence à connaître. Qu’est-ce qui définit Yeita en tant que Yeita ? Qu’est-ce qui, dans ce que propose Yeita à ses clients et à ses salariés, définit l’identité de Yeita ? La personnalité d’une entreprise se traduit dans ses actions, aussi, je trouve intéressant de se demander ce qui au sein de Yeita délimite un cadre pour l’action ?

Ma façon de répondre à cette série de questions, c’est de relier les valeurs de Yeita et l’identité de Yeita. Ce qui définit Yeita, ce n’est pas seulement son binôme de co-fondateurs, ni son collectif, ni même la rencontre entre tout ce petit monde. Yeita se distingue par l’écriture d’une histoire commune qui se noue autour d’un système de valeurs, lui aussi commun.

Tout ce qu’on essaie, tâtonne, expérimente s’inscrit dans un cadre partagé. L’identité de Yeita repose sur 3 valeurs, notre triple A.

Authentiques : nous sommes sincères. Nous sommes sensibles à ce que chacun·e puisse se montrer tel qu’il est, s’exprimer et agir sans avoir peur du jugement des autres. La différence est une force, l’écoute est reine. Nous ne craignons pas de penser différemment.

Audacieux·euses : nous sommes animés par l’action et croyons à la force des petits pas imparfaits qui permettent d’avancer. On expérimente, on mesure, on apprend. On se jette à l’eau sans peur d’échouer. Parfois ça fonctionne, parfois ça tombe à l’eau.

Attentifs·ves : nous sommes là les uns pour les autres, nous nous soutenons, nous sommes à l'écoute et disponibles. Nous conjuguons l’aventure au pluriel. Nous avons fait le choix de rejoindre un collectif pour être présent·es les un·es pour les autres - être à l’écoute et nous soutenir.

Notre socle de valeurs, c’est la recherche d’un équilibre subtil pour proposer un cadre dans lequel chacun·e se retrouve et dans lequel chacun·e contribue en apportant s’il le souhaite sa singularité et ses différences. Notre ligne directrice peut évoluer avec le temps. Comme nos actions et comme l’ensemble de nos démarches, c’est une expérimentation. Aujourd’hui, voilà ce qu’on essaye, après-demain, on ne sait pas ce qu’on fera, et ça nous va.

Tout ça vous paraît abstrait ? Soyons concrets. Lors de l’un de nos Yeita Day, 1/2 journée où tout le collectif se retrouve pour avancer sur des sujets en sortant de mission, nous avons mis en place la règle du guacamole. Mais de quoi s’agit-il ? Guacamole, c’est le safe word qui a été retenu pour permettre à chacun·e d’exprimer son inconfort lorsqu’une blague, un mot, une remarque, lui paraît déplacé. C’est notre moyen pour faciliter l’expression de la gêne sans la nier, tout en déculpabilisant celui visé par le guacamole. C’est peut être imparfait et chez nous, à date ça fonctionne et ça permet à chacun d’être authentique, audacieux et attentifs.

Les valeurs de Yeita, par essence, conviennent à Yeita : c’est notre référentiel. Nos valeurs agissent comme un guide pour l’action. Dans la manière de penser le travail, nous pensons qu’une autre voie est possible et que si les conditions souhaitées n’existent pas, nous pouvons expérimenter et chercher à la créer.

C’qui compte c’est pas l’arrivée c’est la quête - Shodo

Cette recherche d’idéal, nous ne sommes pas les seuls à la suivre. Shodo montre depuis sa création en 2019 qu’une autre voie est possible. Shodo est une agence de conseil fondée sur l’équité, la transparence et un partage plus juste des richesses. Les grilles de salaires sont publiques et le capital est détenu à 34% par les salariés. Le modèle fait ses preuves et Shodo est aujourd’hui implanté à Lyon, Nantes et Lille.

Shodo porte une identité forte qui traduit sa singularité sur le marché des ESN - et même des entreprises hors ESN. Que ce soit avec leur simulateur de salaire ou avec le manifeste Shodo, tous les deux accessibles sur le site de Shodo, l’identité de l’entreprise semble aussi définie qu’identifiable. Pour autant, deux éléments liés dans l’histoire de Shodo les ont amenés à s’interroger sur leurs valeurs :

  • La crise du covid a invité Shodo à développer une culture de l’écrit pour garder un lien malgré les effets du télétravail et de la distance,
  • Le lancement d’agences dans l’écosystème Shodo comme le Shodo studio, et les agences de Lyon Nantes et Lille amène à poser la culture Shodo à l’écrit. La culture de l’écrit, c’est pour Shodo un pas de plus vers l’appropriation par l’ensemble des salariés, et la mise en place d’un référentiel commun.

En 4-5 ans, Shodo Paris est passé de 0 à 60 salariés, des entités de Shodo se sont créées. L’aventure était rapide, et la demande de Jonathan et Guillaume, co-fondateurs, était claire : prendre le temps d’être dans la contribution, donner l’opportunité de faire émerger collectivement les valeurs. Dans la réflexion de Shodo, l’apport de la facilitation est apparu et c’est l’opportunité que j’ai saisie.

Se connaître par son histoire

Pourquoi moi à ce moment-là ? Parce que c’était eux, parce que c’était moi. Et plus sérieusement, parce que Yeita et Shodo partagent un ADN commun. Sans tomber dans l’entre soi, avec humilité, Shodo et Yeita expérimentent dans leurs aventures respectives autour d’un socle culturel commun : équité, transparence, autonomie. De ce partage d’idées sont nés des temps de partage. Avec cette proximité, j’ai eu l’opportunité d’accompagner Shodo dans l’identification de leurs valeurs en interne.

Pour répondre à ce besoin, j’ai conçu un atelier pour aider Shodo à identifier ses valeurs. Une dizaine de participants étaient présents pour représenter différents profils des membres de Shodo  co-fondateurs, premiers salariés … La démarche avait d’autant plus de sens qu’elle était représentative de l’hétérogénéité des profils, des rôles et des histoires vécues au sein de Shodo.

J’ai proposé à Shodo de suivre une conviction personnelle forte, qu’on peut résumer en disant qu’il n’y a pas de valeurs mais des preuves de valeurs.

Le premier temps de travail avait une intention précise : relire l’histoire de Shodo depuis sa création, en faisant la somme des histoires individuelles. À mes yeux, il y avait un intérêt plus grand à partir de l’histoire de Shodo pour identifier ensuite les valeurs, à la lumière des pensées, paroles et actions marquantes dans la vie de l’entreprise.

En amont de l’atelier, j’avais préparé une frise chronologique avec des dates clés dans l’histoire de Shodo : création, ouverture des nouvelles agences, cap des 10-30-50 salariés. J’avais également noté des évènements extérieurs marquants - comme par exemple, le covid.

Le jour J, chaque participant a pris comme point de départ sa date d’arrivée au sein de Shodo. À partir de là, la frise s’est nourrie des expériences individuelles des participants. Quelles sont les dates clés ? Quels sont rétrospectivement les succès et les points de fierté ? Quelles leçons ont été apprises ? Comment l’organisation a-t-elle évolué ?

Pour avoir une certaine cohérence et gagner en lisibilité, j’avais proposé au groupe de mêler des éléments visuels et du texte, en partageant une bibliothèque graphique commune.

Dans un second temps, nous avons relié les parcours individuels pour identifier les faits marquants, et ce qu’ils disent de l’entreprise. En accord avec Shodo, et si un tel exercice vous parle, je préconise de viser de 3 à 5 valeurs pour définir votre culture et vos valeurs. Au-delà de 5, le message risque de perdre en clarté et la sincérité risque de décliner. Une fois alignés autour d’une base commune de récits et expériences individuelles, les participants ont pu s’aligner sur un nombre de valeurs cohérent et minimaliste.

Partir des actions et du vécu de l’entreprise pour arriver aux valeurs, voici en résumé le chemin que j’ai proposé à Shodo. Cohérent, pour représenter la richesse du modèle souhaitée au sein de Shodo. Minimaliste pour synthétiser, partager en interne et permettre une appropriation des valeurs identifiées par l’ensemble du staff.

Si ce retour d’expérience vous parle ou soulève des questions, je vous invite à prendre contact avec moi pour discuter de ce que nous pourrions faire ensemble.

Si l’âme des entreprises, les liens entre la facilitation, le coaching et la philosophie vous questionnent, je vous recommande la lecture de l’art du coaching de Socrate à aujourd’hui (dernier hors série de sciences humaines).

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