
Rendre une direction artistique activable pour les équipes produit d’un acteur majeur de la mobilité
Contexte
Une direction artistique solide, qu’il fallait rendre utilisable au moment de décider
Ce client, acteur majeur de la mobilité en France, dispose déjà d’une direction artistique riche : une boussole émotionnelle, une échelle entre fonctionnel et émotionnel, des principes directeurs marque × DA, des critères identitaires, des do / don’t et un fichier Figma d’évolution de la DA.
Le point de départ est donc solide. Mais cette matière est répartie dans plusieurs documents : pour savoir quelle règle appliquer, une douzaine de product designers doivent chercher, interpréter, et souvent demander à une personne référente. Le dernier kilomètre consiste à rendre ces principes utilisables, sans les remettre en question.
Le client a lancé une consultation auprès de plusieurs agences pour « rendre la direction artistique activable », avec un socle obligatoire et quatre options chiffrées séparément. Yeita a été retenue sur l’ensemble des lots.
Leur mission : en cinq semaines, François (Head of Design), Clément (Creative & Product Ops) et Léo ont été mandatés pour faire de cette DA un référentiel vivant, prouvé sur de vrais écrans, adopté par les équipes et interrogeable en langage naturel. Une petite équipe, volontairement : cinq semaines demandent des décisions rapides, des boucles courtes et très peu de handovers.
Objectifs
Trouver, comprendre, appliquer et faire évoluer la DA sans dépendre d’une personne référente
- Pour les product designers : une réponse au moment de décider. Le designer entre par une situation réelle, trouve la règle qui s’applique, voit un exemple et peut expliquer son choix sans interrompre son travail.
- Pour les Design Ops : un circuit de maintenance. Chaque nouvelle règle, chaque friction de recherche et chaque évolution de pattern suit un workflow avec un owner, une validation et une date de revue.
- Pour la direction artistique : une DA simple à implémenter et visible par tout l’écosystème, reliée aux composants du design system sans le modifier.
Le périmètre est clair dès le départ. La mission n’est ni une remise en question des principes DA, ni un rebranding, ni une refonte du produit, ni une implémentation du design system, ni une production d’écrans en volume.
Approche
Une mécanique Creative Ops : le livrable visible est Notion, la valeur durable est le circuit autour
La Creative Ops relie la connaissance, les décisions et les outils qui les font vivre. La base de connaissance reste la source ; les workflows déplacent l’information au bon endroit, au bon moment. Autour du référentiel Notion, l’équipe construit un circuit opérationnel en quatre temps :
- Observer : une règle manque, une page est difficile à trouver, un pattern revient souvent, un composant Figma n’est plus utilisé, une question revient dans les canaux d’équipe.
- Transformer : chaque signal crée une demande structurée avec un type, un owner, une priorité, une source et un prochain jalon. Rien ne devient une règle automatiquement.
- Mettre à jour : selon le cas, une fiche Notion, un pattern, un exemple, une recommandation ou, plus tard, le design system. Les liens sont conservés.
- Diffuser : le changement est publié dans Notion et relayé là où les équipes travaillent : changelog, messagerie interne, rituel Design Ops ou formation.
L’objectif : une DA qui s’améliore avec l’usage. Décider, outiller, appliquer, mesurer, apprendre, toujours sous contrôle humain : ce sont les owners qui valident, en revue mensuelle.
Méthode
Quatre diamants et un pilotage en mode produit
Les 4 diamants
Le double diamant classique est découpé en quatre, avec un diamant dédié à l’ancrage : un projet de DA se joue autant dans la décision que dans l’adoption. Chaque diamant se conclut sur un livrable validé.
- Comprendre : lecture des documents, entretiens avec les product designers, la Marque et le Studio de création, pour obtenir un inventaire partagé des règles.
- Cadrer : options d’architecture et de gabarit, testées en tri de cartes avec les designers, jusqu’à une architecture validée.
- Concevoir : fiches et écrans avant / après, chaque livrable relié à une règle.
- Ancrer : tests, gouvernance et passation, pour une documentation qui vit sans nous.
Un résultat visible chaque semaine
- Chaque vendredi, une démo : une page, une règle, un écran ou un test. Design Ops et la Staff Product Designer voient l’avancement chaque semaine.
- Avec les designers : les ateliers ne servent pas à valider une intention, ils servent à prendre des décisions.
- Chaque livrable est testé : une architecture n’est validée que si un designer trouve l’information ; un pattern, que s’il peut être réutilisé.
- On mesure dès la semaine 1 : les critères de réussite deviennent des mesures relevées pendant la mission.
- On laisse un système opérationnel : gabarit, gouvernance et changelog permettent aux Design Ops de continuer seuls.
Rituels : point hebdomadaire avec Design Ops, démo chaque vendredi, COPIL réguliers, compte-rendu sous 48 h après chaque atelier.
Socle
Structurer, démontrer, tester, transmettre
Une fiche par règle, un seul gabarit
Chaque principe, règle, critère et do / don’t devient une fiche Notion simple et autonome, construite sur un gabarit unique : intention, quand l’utiliser, quand l’éviter, exemples, do / don’t, responsable. Chaque fiche porte un identifiant, un niveau sur l’échelle fonctionnel ↔ émotionnel et une sévérité. La documentation est organisée en bases reliées entre elles (émotions clés, guidelines, assets), avec un lien vers les composants du design system.
Le process de transformation est toujours le même : document fourni → extraction des règles → fiche au gabarit → relecture Design Ops → publication Notion.
Trois écrans pour prouver la DA
La DA est appliquée sur trois écrans emblématiques du parcours, en priorité sur l’application mobile : résultats de recherche, confirmation d’achat et home inspirationnelle. Chaque changement visible porte l’identifiant de la fiche qui le justifie : écran avant → évolution proposée → règle reliée → justification écrite → écran après.
Tester avec ceux qui l’utilisent
L’architecture est testée dès la deuxième semaine en tri de cartes, puis la documentation complète sur cas réels en quatrième semaine : 3 à 4 product designers, recherche chronométrée, décision, points de friction, ajustements.
Une gouvernance qui ne dépend plus d’une personne
- Head of Design Ops : owner du référentiel, arbitre les évolutions et la priorisation.
- Lead Design Ops : anime la gouvernance et valide les nouvelles fiches.
- Staff Product Designer : référente contenu, relit les fiches et les exemples.
- Studio de création : fournit les exemples et illustrations conformes.
- Équipe Marque : garante de la cohérence marque × DA.
- Product designers : utilisent, signalent les manques, proposent des fiches.
Rituels recommandés : ajout d’une fiche via le gabarit, revue mensuelle, changelog partagé, point trimestriel Marque et Design Ops.
Options
Quatre lots complémentaires, chacun activable indépendamment du socle
Patterns : étendre la preuve aux cas d’usage stratégiques
L’équipe repère les solutions qui reviennent souvent dans le Figma d’évolution et les usages majeurs (achat, accès au billet, information voyageur), puis les transforme en patterns réutilisables sur au moins trois familles : hiérarchisation, émotion, réassurance, situations perturbées, inspiration… Chaque pattern est documenté avec son intention, sa règle, ses exemples et ses do / don’t, et s’insère dans l’architecture du socle. Un pattern utile se reconnaît, il ne s’invente pas : la fiche prouve l’écran, l’écran prouve la fiche.
Trajectoire : faire évoluer la DA sans casser ce qui marche
Analyse des forces à préserver et des écarts constatés sur les écrans, recommandations ciblées, cartographie des impacts sur le design system, puis priorisation impact / faisabilité en COPIL. Chaque recommandation part d’une preuve visible et arrive avec ses impacts : le client décide en connaissance de cause, sans engager de mise en œuvre.
Adoption : installer le réflexe de vérifier la fiche avant de décider
Observation des usages, indicateurs d’adoption outillés dans Notion, deux ateliers d’acculturation sur cas réels, sessions en binôme product designer + Yeita, et un kit de formation autoportant conçu par Yeita, organisme certifié Qualiopi. Le test décisif : une session animée par les Design Ops seuls, sans Yeita.
Assistant IA : interroger la DA en langage naturel
Un designer pose sa question dans l’environnement collaboratif de l’entreprise (messagerie et Microsoft Copilot) et reçoit une réponse qui cite la fiche Notion correspondante ; il peut aussi faire analyser une maquette et obtenir des recommandations reliées aux règles. L’assistant repose sur plusieurs agents orchestrés :
- Aiguillage : reconnaît le type de demande, question ou maquette.
- Conseiller DA : répond en langage naturel avec le lien vers la fiche.
- Analyse maquette : compare une maquette aux règles documentées et liste les écarts.
- Recommandations : propose des corrections, chacune reliée à une règle.
- Fiabilité : bloque toute réponse sans source, répond « je ne sais pas » et escalade aux Design Ops.
L’assistant ne crée jamais de règle : chaque question sans réponse rejoint le backlog des manques, traité en revue mensuelle. Il est livré avec son cadrage, ses prérequis de sécurité, sa documentation d’exploitation et son coût de run annuel, en distinguant clairement le build du run.
Mesure
Les critères de réussite transformés en mesures
- Trouver rapidement la règle : test chronométré sur cas réels avec 3 à 4 product designers.
- Décider sans référent : part des cas résolus sans aide extérieure pendant le test.
- Écrans justifiés : 100 % des évolutions des trois écrans reliées à une règle.
- Architecture validée : validation par les designers après tri de cartes et test.
- Faire évoluer simplement : les Design Ops ajoutent une fiche avec le gabarit, sans aide.
- Assistant fiable : 100 % des réponses sourcées, 100 % des questions hors documentation traitées par « je ne sais pas ».
Livrables
Ce que l’équipe garde à la fin de la mission
- Une documentation DA structurée dans Notion, en fiches simples et autonomes
- Trois écrans avant / après, chaque choix justifié par une règle
- Des patterns réutilisables sur au moins trois familles
- Une note de recommandations et une feuille de route d’évolution de la DA
- Un kit de formation autoportant et un dispositif de mesure de l’adoption
- Un démonstrateur d’assistant IA et sa documentation d’exploitation
- Un gabarit, une gouvernance et un changelog pour continuer sans nous
- Des comptes-rendus de chaque atelier et une session de passation
La direction artistique n’est plus un ensemble de documents de référence : c’est un système que l’équipe consulte, applique, mesure et fait évoluer elle-même.
Conclusion
La Creative Ops pour faire passer la créativité à l’échelle
Cette mission illustre ce que nous appelons la Creative Ops : outiller la créativité pour qu’elle ne repose plus sur quelques personnes, mais sur un cadre partagé, compris et vivant. On ne remet pas en question les principes : on les rend lisibles, on les relie, et on organise le circuit qui les fait évoluer.
Au-delà des livrables, c’est une nouvelle manière de travailler qui s’installe : des décisions de design justifiées par une règle, des Design Ops qui pilotent un référentiel au lieu de répondre à des questions, et une IA qui garde chaque réponse reliée aux règles de la marque. Une base solide pour faire grandir la cohérence de la marque, écran après écran.





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